J'ai l'immense chance d'avoir été octroyée d'un super pouvoir à la naissance, soit celui de m'auto-motiver. Ça punche pas autant que les vrais pouvoirs de super-héros mais ça sauve néanmoins la santé mentale et ça garde de bonne humeur. Je parle donc ici de cette capacité à être consciente des choses ridicules qui se passent autour de moi et de les transformer en jeu afin d'éviter un désespoir certain. Par exemple : si vous travaillez dans une tour à bureaux, particulièrement si vous devez prendre un ascenseur, peut-être avez-vous remarqué que, chaque vendredi, ça ne rate jamais je vous le jure, une des premières choses qu'on entend en entrant dedans est "c'est vendredi". Ça foudroie, hein? Une telle affirmation, ça fait réfléchir. Ça vaut la peine de se le faire rappeller chaque foutu vendredi, au cas où on oublierait, où on ne profiterait pas de la joie brève mais intense que procure le mouvement du doigt qui met la switch du réveil à off, au cas où on se ferait un autre sandwich poche pour le midi du lendemain comme un automate, au cas où on déclinerait le party du siècle sous prétexte qu'on travaille le lendemain.
Trève de sarcasme, je dois vous dire que ça m'a fait rouler les yeux au plafond de nombreuses fois mais grâce à mon super pouvoir, j'ai transformé ça en jeu : il suffit de compter les secondes avant d'entendre son premier "c'est vendredi" et de s'accorder des points selon les variantes, par exemple "une p'tite dernière" ou "à finit bientôt", ou "une dernière pour la route". C'est pas des jokes, j'ai même entendu récemment un "TGIF" bien sonné, comme si c'était une affirmation originale. C'est du point, ça, lecteurs. Si on est vraiment crinqué, ça peut commencer le mercredi, au "nombril de la semaine" (ark?!).
On peut aussi accorder des points à la réaction suscitée, en partant du "hééé oui" en allant jusqu'au "heeeille ch'pensais jamais qu'à finirait celle-là", avec gros rires gras à l'appui.
Ces gens détestent-ils autant leur job? Ou essaient-ils de meubler un silence qui leur pèse plus lourd qu'il le devrait de façon peu originale?
Ce type de jeu se décline aussi dans plusieurs situations, par exemple la tempête de neige : Combien de temps avant d'entendre le premier "c'est l'enfer"? Ou "Ça m'a pris...(X temps) pour me rendre" (plus de temps, plus de points!). Y a du fun à avoir, j'vous dis.
Je crois qu'on sous-estime le silence dans bien des cas. Pour ma part, je préfère fixer les pitons de l'ascenseur en souriant bêtement plutôt que de débiter des platitudes réchauffées. Ou me sentir complètement wild et sortir des sentiers battus en demandant "c'est un café ou un thé que t'as là?" (je suis folle, je sais!).
Je rigole, et il le faut bien car je crois que toutes ces mentions réchauffées n'ont finalement pas de malice. Ça énerve mais au fond il s'agit d'une tentative de rapprochement et je dois avouer qu'en quelques secondes, ça ne laisse pas énormément d'options et c'est trop peu de temps pour aller au fin fond des sujets les plus palpitants.
Et vous lecteurs nombreux, quels sont les clichés de votre réalité qui vous rapporteraient plusieurs points? Vous avez des idées pour un pied-de-nez aux conversations surfaites?

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