samedi 23 avril 2011

Les hautes sphères (de la schnoutte)

Il m'arrive régulièrement de parcourir les sites de maisons en ligne, histoire de me tenir au courant du marché immobilier et prévoir le coup - ou plutôt me préparer à absorber le choc car je craque systématiquement pour les demeures bien au-delà de mon budget; je devrais mettre un prix maximum pour bloquer les résultats, je sais, mais je suis indomptable; c'est de même, ça date pas d'hier - bref je check ça pour quand on sera prêts à passer à l'achat.

Périodiquement, je saute la clôture et je vais zyeuter les demeures à un ou plusieurs millions, j'ai à ce jour pas encore compris pourquoi je m'inflige une telle torture parce que je trouvais ça beau chez-nous mais après ces visions je trouve ça un peu ordinaire mais voilà, ça me divertit et vous aurez sûrement déjà cerné que j'aime me divertir par des moyens un peu épais. C'est de même. Au fond j'ai de la chance hein, au moins ça, ça coûte pas cher. Mais plus je navigue dans les hautes sphères immobilières, plus je rencontre des absurdités comme des demeures valant la peau du cul un bras pis une jambe, mais avec juste une photo de l'immeuble, pris de loin, un peu tout croche, et c'est tout. Voilà. Le prix, et une photo du dehors. C'est tout ce qu'on a pour se faire une idée et semble-t-il que pour plusieurs, plus qu'on pourrait imaginer, c'est suffisant. Une perle, qu'on nous dit. Faites vite, à voir absolument.  HAN??

Certains font preuve d'un tantinet plus de respect et y vont de deux ou trois photos prises rapidement d'une pièce trop sombre, la salle de bain avec le bain tourbillon, aweille, pose le bain ça fait chic, et la salle à manger avec le lustre souvent trop imposant. Rien pour me convaincre mais si c'est 4 millions, ça doit valoir la peine hein? Je signe où?

Faut dire, le contraire s'applique aussi : des logements crades avec mille photos à l'appui, toutes plus mal cadrées les unes que les autres, un bout de mur par-ci, un coin de lit par là, la chambre des enfants avec des couleurs à enlever tout doute sur le pourquoi ils sont survoltés, les chiottes avec la poubelle pas vidée pis le panier à linge sale à côté, la tapisserie surchargée, vous avez pigé que c'est laitte mais avant que vous appelliez avec une faible lueur d'espoir laissez-nous vous montrer le sous-sol; on dirait qu'il a été bâti autour de l'appareil d'exercice mais non, on a bel et bien fait des efforts pour le rentrer là, c'est juste qu'une fois dessus on touche au plafond alors on s'en sert comme sécheur à linge; on vous le laisse en extra avec le logis, si c'est pas sympathique de notre part?!

'Fait que...On pourrait tu se forcer un ti peu? À moins de vraiment pas vouloir vendre pour cause d'attachement sentimental, je veux bien comprendre mais faudrait trancher là-dessus avant d'appeller l'agent; autrement ça prendrait un p'tit minimum d'effort, mettez-vous dans la peau de l'acheteur, faites ça marketigne un peu, tsé, avec de l'éclairage pis un setting décent. On parle quand même de gros sous, là. Que la demeure soit modeste ou somptueuse, il vaut mieux faire son gros possible pour la mettre en valeur. Ainsi, l'acheteur potentiel n'a pas l'impression de se faire niaiser et on met un max de chances de notre côté. Il semble que cette logique de base n'ait pas été saisie par un max de monde...

Le fun de faire des photos de schnoutte, on le garde pour quand on a des cossins à vendre qu'on pense pas qu'on va vendre mais qu'on les met en vente pareil sur des sites gratisses parce que c'est fou c'que le monde achète, on croirait jamais, et là ça vaut la peine de se divertir en faisant des mises en scène épaisses juste parce qu'on se trouve drôle. Pis ça coûte pas cher.


samedi 2 avril 2011

Ben oui, c'est vendredi

J'ai l'immense chance d'avoir été octroyée d'un super pouvoir à la naissance, soit celui de m'auto-motiver. Ça punche pas autant que les vrais pouvoirs de super-héros mais ça sauve néanmoins la santé mentale et ça garde de bonne humeur. Je parle donc ici de cette capacité à être consciente des choses ridicules qui se passent autour de moi et de les transformer en jeu afin d'éviter un désespoir certain. Par exemple : si vous travaillez dans une tour à bureaux, particulièrement si vous devez prendre un ascenseur, peut-être avez-vous remarqué que, chaque vendredi, ça ne rate jamais je vous le jure, une des premières choses qu'on entend en entrant dedans est "c'est vendredi". Ça foudroie, hein? Une telle affirmation, ça fait réfléchir. Ça vaut la peine de se le faire rappeller chaque foutu vendredi, au cas où on oublierait, où on ne profiterait pas de la joie brève mais intense que procure le mouvement du doigt qui met la switch du réveil à off, au cas où on se ferait un autre sandwich poche pour le midi du lendemain comme un automate, au cas où on déclinerait le party du siècle sous prétexte qu'on travaille le lendemain.

Trève de sarcasme, je dois vous dire que ça m'a fait rouler les yeux au plafond de nombreuses fois mais grâce à mon super pouvoir, j'ai transformé ça en jeu : il suffit de compter les secondes avant d'entendre son premier "c'est vendredi" et de s'accorder des points selon les variantes, par exemple "une p'tite dernière" ou "à finit bientôt", ou "une dernière pour la route". C'est pas des jokes, j'ai même entendu récemment un "TGIF" bien sonné, comme si c'était une affirmation originale. C'est du point, ça, lecteurs. Si on est vraiment crinqué, ça peut commencer le mercredi, au "nombril de la semaine" (ark?!).

On peut aussi accorder des points à la réaction suscitée, en partant du "hééé oui" en allant jusqu'au "heeeille ch'pensais jamais qu'à finirait celle-là", avec gros rires gras à l'appui.

Ces gens détestent-ils autant leur job? Ou essaient-ils de meubler un silence qui leur pèse plus lourd qu'il le devrait de façon peu originale?

Ce type de jeu se décline aussi dans plusieurs situations, par exemple la tempête de neige : Combien de temps avant d'entendre le premier "c'est l'enfer"? Ou "Ça m'a pris...(X temps) pour me rendre" (plus de temps, plus de points!). Y a du fun à avoir, j'vous dis.

Je crois qu'on sous-estime le silence dans bien des cas. Pour ma part, je préfère fixer les pitons de l'ascenseur en souriant bêtement plutôt que de débiter des platitudes réchauffées. Ou me sentir complètement wild et sortir des sentiers battus en demandant "c'est un café ou un thé que t'as là?" (je suis folle, je sais!).

Je rigole, et il le faut bien car je crois que toutes ces mentions réchauffées n'ont finalement pas de malice. Ça énerve mais au fond il s'agit d'une tentative de rapprochement et je dois avouer qu'en quelques secondes, ça ne laisse pas énormément d'options et c'est trop peu de temps pour aller au fin fond des sujets les plus palpitants.

Et vous lecteurs nombreux, quels sont les clichés de votre réalité qui vous rapporteraient plusieurs points? Vous avez des idées pour un pied-de-nez aux conversations surfaites?